Nous ne lavons jamais une couverture au nettoyeur haute pression, et la raison est matérielle. Une tuile en terre cuite est protégée par un engobe, une fine couche de surface cuite avec elle, qui ferme les pores et fait glisser l’eau. Un jet à cent bars décape cet engobe en quelques passages : la tuile ressort éclatante le jour même, et boit l’eau comme une brique quelques saisons plus tard.
Sur l’ardoise, la haute pression attaque le feuillet dans le sens où il se délite. Elle ouvre la tête, fatigue la fixation et fait sauter des ardoises que personne ne voit tomber avant la première tempête. Sur une couverture en zinc à joint debout, un jet trop rapproché déforme la pince et travaille les points singuliers déjà sollicités par la dilatation.
Il y a un second dégât, moins visible : l’eau projetée sous pression remonte sous les recouvrements. Elle passe sous le pureau, mouille l’écran de sous-toiture, imbibe les liteaux et le voligeage, et redescend en aval. Une toiture lavée à la lance peut fuir la semaine suivante sans qu’un seul élément ait bougé.
Le fibrociment posé avant 1997 sort complètement du champ. L’amiante est interdite en France depuis le 1er janvier 1997 : ces plaques peuvent en contenir, et les nettoyer par abrasion, brossage énergique ou haute pression libère des fibres. C’est une opération encadrée par une réglementation propre, pas un entretien courant. Devant un support de ce type, on ne lave pas : on constate et on oriente.
Même logique pour l’eau de javel. Les fabricants de tuiles la déconseillent dans leurs notices d’entretien, elle blanchit le matériau au lieu de le nettoyer, et surtout elle part directement dans la gouttière puis dans le réseau d’eaux pluviales, sans filtre entre le toit et le milieu naturel. Un devis qui mentionne la javel ou la haute pression est un devis à refuser.