Un diagnostic de charpente commence au sol, pas au faîtage. On balaie du regard le plancher des combles, le dessus des solives, les appuis de pannes : c’est là que tombe la vermoulure. Sa couleur et sa finesse racontent déjà l’insecte, sa fraîcheur dit si l’attaque tourne encore.
Vient le sondage. On tapote chaque pièce au marteau et on écoute : un bois sain rend un son plein, un bois évidé sonne creux. Là où le son change, on enfonce une pointe fine ou la lame d’un tournevis. Si elle entre de trois ou quatre centimètres sans résistance, l’aubier est mangé et la section utile n’est plus celle que l’œil voit.
On mesure ensuite l’humidité du bois à l’humidimètre à pointes, en plusieurs endroits, surtout aux appuis, sous les noues et au droit des souches de cheminée. Au-delà de vingt pour cent, le bois cesse d’être un matériau sec : les champignons lignivores y trouvent de quoi s’installer. Un relevé au-dessus de ce seuil oriente le chantier vers une entrée d’eau avant de l’orienter vers un flacon de produit.
La géométrie se contrôle au cordeau. On tend un fil d’un about à l’autre d’une panne ou d’un chevron et on mesure l’écart au milieu. On note aussi le déversement des fermes, l’écartement des pieds d’arbalétriers, l’ouverture des assemblages et l’état des appuis en maçonnerie. Une flèche qui dépasse le deux-centième de la portée n’est plus un défaut d’aspect.
Les assemblages traditionnels se lisent un par un : tenon-mortaise chevillé, embrèvement en about, enfourchement de faîtage, moise ancienne. On regarde si la cheville a cisaillé, si le tenon a fendu dans le fil du bois, si l’embrèvement a écrasé son appui. Sur les charpentes reprises à la va-vite, on trouve souvent une équerre vissée par-dessus un assemblage mort : la ferrure ne travaille pas, elle masque.
Le diagnostic se termine par la question qui décide de tout : d’où vient l’eau ? Une tuile cassée, un solin de souche fissuré, une noue qui déborde, un écran de sous-toiture absent sur un versant nord. Le champignon lignivore ne s’installe jamais sans excès d’eau ; l’insecte, lui, colonise aussi un bois resté sec, mais l’humidité accélère tout. Traiter des bois sans reprendre l’entrée d’eau, c’est se condamner à refaire le même chantier.