Un enduit de façade n’est pas une décoration : c’est la couche sacrificielle qui prend la pluie battante à la place de la maçonnerie. Tant qu’il adhère, l’eau ruisselle en surface et sèche entre deux averses. Dès qu’il se décolle, elle passe derrière, stagne dans le vide, gèle en hiver et fait sauter l’enduit par plaques.
Le premier geste d’un ravalement n’est donc pas le nettoyage, c’est le sondage. On frappe la façade au marteau sur toute sa surface, mètre carré par mètre carré : là où l’enduit sonne plein, il tient et se conserve ; là où il sonne creux, il a perdu son accroche et tombera de toute façon, sous la peinture neuve comme sans elle. Une façade qui paraît saine depuis le trottoir sonne parfois creux sur une part importante de sa surface, le plus souvent en soubassement et sous les appuis de fenêtre.
Le bâti francilien impose une contrainte de plus. Beaucoup de pavillons de Vincennes, de Saint-Mandé ou de Montreuil sont montés en meulière hourdée au plâtre gros, avec un enduit à la chaux en finition. Ces murs doivent rester perspirants : enfermés sous un ciment étanche ou une peinture filmogène, ils n’évacuent plus leur vapeur d’eau vers l’extérieur et la renvoient à l’intérieur, en salpêtre au bas des murs et en peinture qui cloque derrière les meubles.
Le noircissement, lui, n’a presque jamais la même origine que le décollement. Les voiles noirs verticaux sont des particules urbaines fixées par le ruissellement, et ils suivent exactement les chemins que l’eau prend sur la façade. Les voiles verts sont des algues et des mousses, qui s’installent sur les faces nord, sur les murs mal ventilés et partout où un débord de toiture est trop court. Le premier se lave, le second se traite : sans produit rémanent, l’encrassement revient dès les hivers suivants.
Sur les briques, les pierres de taille et les appuis en pierre reconstituée, il faut enfin regarder la gélivité. Une brique dont le parement s’effrite et part en poudre a pris l’eau, gelé, et perdu sa croûte de cuisson ; la recouvrir d’un enduit ne la répare pas, elle l’enferme. Ces éléments se déposent et se remplacent, ou se protègent par une finition qui laisse respirer le support.