Nogent s’est développée au XIXe siècle comme lieu de villégiature au bord de la Marne. Les Parisiens y ont fait construire des maisons de plaisance, et cette origine se lit encore sur les toitures : elles ne sont presque jamais simples. Croupes, demi-croupes, tourelles, lucarnes à fronton, débords importants portés par des chevrons apparents, épis de faîtage en zinc ou en terre cuite. Là où un pavillon standard a deux versants et quatre rives, une villa nogentaise en a le double.
Cette complexité géométrique a une conséquence directe et mesurable : le nombre de points singuliers. Une noue est l’angle rentrant où deux versants se rejoignent — c’est le point où l’eau se concentre le plus, et donc le premier à fuir. Un arêtier est l’angle sortant, exposé au vent, où les éléments se déchaussent en premier. Sur une villa, on en compte parfois dix ou quinze. Le prix d’une réfection ici se calcule bien plus au linéaire de points singuliers qu’à la surface de toiture.
L’autre héritage, ce sont les zingueries décoratives : lambrequins découpés en rive, épis de faîtage, ornements de lucarne, crêtes. Elles ne se trouvent plus dans le commerce. Quand elles sont abîmées, la question n’est pas de les remplacer mais de les refaçonner — au gabarit de l’existant, en atelier. C’est un travail de zingueur, pas de fournisseur, et c’est ce qui distingue une réfection réussie d’une toiture qui a perdu son caractère.
Enfin, beaucoup de ces villas sont couvertes en ardoise posée au clou plutôt qu’au crochet, selon l’usage de l’époque. Une ardoise clouée qui se libère ne peut pas être remise en place comme une ardoise à crochet : la réparation demande de dégarnir les rangs supérieurs. C’est pour cela qu’une toiture d’ardoise ancienne se répare rarement à l’unité, et qu’on privilégie souvent la reprise d’un pan entier.